Expertise Universitaire Mangroves
Les ONG universitaires de Belgique francophone et les chercheur·euse·s de Belgique et d’Afrique au secours des mangroves, un écosystème en péril
Les mangroves recouvrent 150.000 kilomètres carrés sur la planète Terre, dont 13% se trouvent en Afrique. Cette végétation dense de palétuviers pousse là où les fleuves rencontrent la mer et où l’eau salée se mélange à l’eau douce. C’est un écosystème riche et délicat, qui regorge de poissons et d’oiseaux. Il forme une barrière naturelle contre la montée des eaux de mer, provoquée par les changements climatiques.
Les mangroves représentent une richesse naturelle fondamentale et jouent un rôle majeur pour l’économie locale compte tenu des ressources qu’elles procurent aux populations : produits ligneux et non ligneux, halieutiques, ressources utiles en pharmacopée… Elles sont de véritables nurseries de poissons. Elles hébergent des larves et des juvéniles. Des coquillages, des moules, des huîtres se fixent sur leurs racines immergées. Elles sont enfin un formidable filtre, l’eau est meilleure en aval qu’en amont. Elles séquestrent le carbone : « Dans leurs branches, les mangroves capturent du CO2. Dans le sol, il y a des mètres de carbone qui se sont sédimentés. Donc si on détruit la mangrove pour l’urbanisation, il y aura moins de séquestration mais en plus il y aura un dégagement extraordinaire de carbone », explique Thierry De Coster, chargé de projets chez ULB-Coopération.
Or cette richesse tend à décliner sous l’action combinée de facteurs naturels, du changement climatique et de l’action humaine. Les besoins fondamentaux des populations (alimentation, revenu, médicaments, culture…) sont impactés par le recul de la mangrove.
« L’exemple du Togo et de Madagascar »
Au Togo, les palétuviers plongent leurs racines échasses dans l’eau saumâtre. Quand les mangroves sont en bonne santé, leur canopée peut culminer à 8 mètres de hauteur. Malheureusement elles ont presque totalement disparu, et celles qui restent sont bien maigres.
Le fleuve Mono y accueille encore des crocodiles et des hippopotames. Cette rencontre de l’océan avec le fleuve a créé un système de lagunes, où l’eau salée pénètre dans les terres. Dans le temps, une forêt dense de palétuviers recouvrait la lagune. La présence humaine a profondément modifié ce paysage idyllique. En amont du fleuve, un barrage provoque des inondations régulières, qui déracinent les jeunes palétuviers. Tout le front de mer est construit.
Du béton, et des hôtels vides. Les berges s’érodent et la mer avance à une vitesse effrayante : 15 mètres par an en moyenne. De plus, cette zone côtière concentre 90% des unités industrielles du pays.
À Madagascar, les habitants et habitantes des côtes commencent à mesurer l’importance de cet écosystème. Ils·elles se rendent compte que le climat change, explique Arcancia Clappe, directrice nationale pour Louvain Coopération à Madagascar : « Là-bas, les gens se déplacent en barque. Il y a quelques années, un pêcheur était capable de dire à quel moment la marée était haute ou basse et donc pouvait organiser son itinéraire. Il y a des villages qui sont accessibles uniquement par l’eau. Or aujourd’hui, il est très difficile de prévoir les marées à l’heure près. Voilà un exemple concret du changement climatique. Il pleut beaucoup moins depuis plusieurs années. On a des périodes de sécheresse très marquées. Les paysans et paysannes se rendent compte de tous ces changements, qui impactent leur milieu de vie, la mangrove. »
Face à cette menace, des scientifiques de Belgique et d’Afrique unissent leurs forces et leurs savoirs. Les quatre ONG universitaires qui composent Uni4Coop ont notamment mis en commun leurs expertises dans un projet écologique : « Expertise universitaire Mangroves ».
L’Agence Wallonne pour l’Air et le Climat (AWAC) a sélectionné ce projet qui se concentre sur ce biotope très particulier et menacé par le changement climatique. Les actions menées contribuent à donner la capacité aux habitants et habitantes de gérer collectivement leurs ressources naturelles, de les valoriser tout en les restaurant et les protégeant. Le projet encourage la responsabilisation communautaire. Partant des expériences d’Eclosio (ONG de l’Université de Liège) en Afrique de l’Ouest et de Louvain Coopération (ONG de l’UCLouvain) à Madagascar, ainsi que de l’expertise de ULB-Coopération dans la gestion des espaces naturels, le projet rend possible les échanges de bonnes pratiques entre les communautés des deltas du Sénégal, du Bénin, du Togo et de Madagascar, et leur donne les moyens pour construire ensemble de nouveaux savoirs.
C’est donc à travers ce projet d’expertise universitaire que les partenaires locaux des différents pays, les ONG universitaires et les chercheur·euse·s d’Afrique et de Belgique collaborent, échangent leurs savoirs et bonnes pratiques et communiquent sur l’avancée de leurs recherches.

